Le 28 mars 2025, le conseil municipal de Nantes a voté en faveur de la candidature de la ville au dispositif d’encadrement des loyers. Un acte politique fort, voulu par la maire Johanna Rolland, pour répondre à une hausse préoccupante des loyers dans une métropole qui attire de plus en plus d’habitants et d’investisseurs. Nantes, classée « zone très tendue » depuis l’été 2024, s’attaque ici à une problématique que connaissent déjà d’autres grandes villes comme Paris ou Bordeaux.
À retenir :
- Nantes veut expérimenter l’encadrement des loyers dès 2025
- Le vote du 28 mars marque une étape politique importante
- La ville pourrait réguler près de 8 000 logements
- Un obstacle juridique remet en cause la recevabilité de la candidature
- Les loyers pourraient être plafonnés entre -30 % et +20 % du loyer médian
Le mécanisme est lancé malgré un flou juridique inquiétant
Thomas Quero, adjoint à l’urbanisme, l’a confirmé : le conseil métropolitain du 4 avril 2025 devra entériner la démarche avant une transmission au ministère du Logement. Mais selon la loi ELAN (2018) et le texte 3DS (2022), les demandes d’expérimentation auraient dû être déposées avant novembre 2022.
« Le vote ne signifie pas application », prévient l’entourage de Johanna Rolland.
Une déclaration lucide, car ce décalage temporel pourrait rendre la candidature de Nantes irrecevable. La balle est désormais dans le camp du gouvernement, qui devra trancher entre rigueur administrative et urgence sociale.
Le logement, un enjeu politique devenu prioritaire à Nantes
Une reclassification qui a tout changé
Le basculement de Nantes en zone A « très tendue » a servi de déclencheur. Il a suscité des inquiétudes sur une accélération des loyers, avec un risque réel d’exclusion des classes moyennes.
Selon Hit West, Thomas Quero évoque « une augmentation naturelle des loyers dans ce contexte, d’où la nécessité d’intervenir ».
Un outil contre la spéculation
Depuis le plan de relance logement de 2023, la métropole avait déjà tenté de relancer la production de logements (plus de 3 500 débloqués). L’encadrement des loyers vient compléter cette stratégie, en ciblant notamment :
- Les locataires du parc privé
- Les jeunes ménages primo-locataires
- Les habitants des quartiers centraux comme Dervallières-Zola, Nantes Nord ou Malakoff
Selon la mairie, environ 8 000 logements pourraient être concernés avec, à la clé, 75 euros d’économies mensuelles en moyenne pour les locataires.
Encadrement des loyers : comment ça fonctionne concrètement ?
Un plafonnement par zone et par typologie de logement
Nantes suivrait un modèle éprouvé : un Observatoire des loyers fixerait un loyer de référence médian, avec une fourchette de -30 % à +20 %. Les propriétaires ne pourraient plus dépasser ce seuil, sauf cas exceptionnels.
« Pour les locataires, c’est un droit nouveau : celui d’exiger une mise en conformité », souligne Thomas Quero.
Une efficacité dépendante du contrôle
L’expérience parisienne l’a démontré : sans contrôle strict, l’effet dissuasif reste limité. La mise en œuvre nantaise devrait donc s’accompagner d’aides juridiques, de recours facilités et d’outils numériques de signalement, selon plusieurs experts du secteur cités par PAP.fr.
Une mesure inspirée de grandes métropoles, aux résultats contrastés
Nantes dans le sillage de Paris, Lille et Lyon
Depuis 2020, l’encadrement des loyers s’étend : 69 villes françaises l’appliquent, dont Lille, Bordeaux, Montpellier ou encore la métropole grenobloise. Nantes souhaite s’inscrire dans cette dynamique.
Selon Service-public.fr, ces dispositifs ont permis de contenir les loyers dans des quartiers en forte tension comme Belleville à Paris ou Moulins à Lille.
Des limites déjà identifiées
Mais les opposants pointent une « double peine » pour les investisseurs : moins de rentabilité, plus de contraintes. François Le Goïc, spécialiste nantais de l’immobilier, dénonce sur LinkedIn une mesure « inefficace sans production massive de logements sociaux ».
Témoignage :
« Je suis propriétaire à Nantes centre. Si l’encadrement passe, je devrai revoir à la baisse un loyer déjà en dessous du marché », regrette Lucile D., investisseuse locale.
Tableau comparatif : Nantes face aux autres métropoles
Ville | Mise en place | Type de plafond | Moyenne d’économies/mois | Système de contrôle |
---|---|---|---|---|
Paris | 2019 | -30 % / +20 % | 80 € | Renforcé (2023) |
Lille | 2020 | -30 % / +20 % | 70 € | Moyen |
Bordeaux | 2022 | -30 % / +20 % | 60 € | Faible |
Nantes (projet 2025) | En cours | -30 % / +20 % envisagé | 75 € (estimé) | À définir |
Deux retours d’expérience pour nourrir le débat
Anne-Sophie, locataire à Bordeaux :
« Depuis l’encadrement, mon loyer a baissé de 50 euros. Mais ça dépend du quartier et du bailleur. »
Jérôme, urbaniste à Lyon :
« Le dispositif a un impact réel… quand il est connu et appliqué. Beaucoup de propriétaires contournent encore la loi. »
« L’encadrement des loyers est une boussole pour les locataires, mais un casse-tête juridique pour les villes »
Et vous, êtes-vous pour ou contre l’encadrement des loyers à Nantes ? Avez-vous déjà vécu dans une ville où ce dispositif est appliqué ? Partagez votre expérience en commentaire.